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Des vies et des coûts
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En réponse aux lettres de Yvon Corbeil et de Marjolaine Deschênes sur le tabagisme.

– Au cours des derniers jours, deux opinions publiées dans ces pages ont créé un réel malaise chez plusieurs intervenants de la santé, car ils entretiennent des faussetés. Compte tenu de nos responsabilités de santé publique, nous considérons important de rétablir les faits.

D’entrée de jeu, nous ne pouvons qu’être étonnés de constater que certaines personnes qualifient la réduction du tabagisme de cause ” nulle et insipide “. Dans les faits, chaque année, au Québec, 13 000 décès sont attribuables au tabagisme. Dans notre société, il s’agit de la première cause de mortalité qui pourrait être facilement évitée. Le tabagisme à lui seul fauche plus de vies que les accidents de la route, l’alcool, les meurtres et les incendies réunis. Les ravages causés par la fumée de tabac secondaire ne relèvent ni de la légende urbaine, ni de la
mystification. Bien au contraire, il y a un consensus mondial à la fois chez les scientifiques, les professionnels de la santé et même chez les fabricants de tabac qui fait état des problèmes de santé chez les non-fumeurs exposés à la fumée secondaire. Mettre ce fait en doute, compte tenu des données épidémiologiques, relève de la pure ignorance.

Rappelons certains faits : les deux tiers de la fumée émanant d’une cigarette ne sont pas inhalés par le fumeur. Ils sont en fait libérés dans l’environnement immédiat. contaminant ainsi l’air que respirent les gens qui s’y trouvent. Il est prouvé que la fumée secondaire contient plus de nicotine, plus de monoxyde de carbone, plus de formaldéhyde et plus d’ammoniac que la fumée directement inhalée par le fumeur. La fumée secondaire comprend 4 000 produits chimiques, dont une cinquantaine sont cancérigènes chez l’humain. Un individu non-fumeur exposé quotidiennement à la fumée secondaire augmente ses risques de développer un cancer du poumon d’au moins 25 % par rapport à un individu non exposé. En 1997, plus de 300 Québécois non-fumeurs auraient perdu la vie suite à l’exposition à la fumée secondaire en milieu familial. Avant l’adoption des amendements à la Loi sur le tabac, les travailleurs exposés à la fumée secondaire uniquement dans le cadre de leur travail (restaurants, bars et casinos) voyaient leur risque de développer un cancer du poumon grimper de 17 % à 50 %.

Outre les risques de cancer du poumon, des recherches récentes révèlent que la fumée secondaire cause de 10 à 20 fois plus de décès par maladies cardiaques.
Nous vivons heureusement à une époque où les connaissances s’améliorent et les ressources pour aider les personnes désireuses de cesser de fumer sont plus disponibles. Nous savons que la fumée secondaire tue, il faut maintenant agir en conséquence. Cela signifie agir de façon responsable, à la fois à titre individuel et collectif, évidemment en tout respect des principes éthiques. C’est pourquoi nous trouvons dommage que certaines affirmations lâchées à l’emporte-pièce par des lecteurs viennent diminuer le travail de dizaines d’intervenants qui luttent en prévention et en promotion de la santé, afin qu’il y ait moins de malades, moins de décès, moins de coûts sociaux. Rappelons que 80 % des fumeurs désirent cesser de fumer et qu’au Québec, la proportion de fumeurs est passée de 30 à 24 % entre 2000 et 2005.

SOURCE : Le Nouvelliste (Trois-Rivières), Opinions, lundi, 16 avril 2007, p. 9
Lise St-Cyr et Jean-Maurice Roy
Responsables de la réduction du tabagisme
Direction de santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec